► En Irlande sur les pas des Pères fondateurs de nos diocèses bretons

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Clonmanoise : croix avec le Christ en juge
En juin 2012, profitant de l’initiative du Service Diocésain des Pèlerinages de Saint-Brieuc, je me suis inscrit pour un voyage en Irlande. J’y rêvais depuis longtemps et je pense que le moment était venu, car après ce serait trop tard. Je ne regrette pas cette petite semaine passée dans la Verte Erin.
D’abord, le groupe –un groupe habitué à des voyages ou de pèlerinages avec le diocèse de Saint-Brieuc – était un groupe de 35 personnes très sympathiques, curieux de découvrir ce pays proche avec une histoire très contrastée. Les responsables, détendus et attentifs. La guide, une Française de la région d’Amiens, qui nous a accueillis à l’aéroport de Dublin remplissait très bien son rôle et nous donnait à la demande des renseignements précis. Quant au chauffeur de car, il connaissait très bien son métier et on voyait qu’il était heureux de conduire un groupe motivé et joyeux.

Un pèlerinage aux racines de notre christianisme celtique (et breton…)

Nous étions en pèlerinage avec une ambiance religieuse, mais ni pesante, ni envahissante. Notre guide nous confiait à la fin que ce voyage lui faisait un peu peur au début, mais elle a découvert qu’un pèlerinage peut être un temps qui mêle le sérieux, la détente et une bonne dose de curiosité active.
Pèlerinage sur les traces de Saint Patrick, de Saint Colomban, le moine irlandais de Derry et le fondateur d’Iona en Écosse et de Saint Brendan, le célèbre moine navigateur qui aurait découvert l’Amérique.
Saint Patrick est présent partout : la cathédrale anglicane d’Armagh (ou d’autre ville) lui est dédiée ; la cathédrale catholique aussi. À travers tout le pays, on découvre les lieux qu’il a fréquentés : le Purgatoire dans un lac du Donegal, le Croagh Patrick  où les Irlandais montent à la fin du mois de juillet… Là un château en ruine : c’est là qu’il a baptisé tel chef… Idem pour Saint Columban, fondateur de plusieurs monastères surtout en Donagal et Ulster… Saint Brendan ! Nous avons visité sa cathédrale à Clonfert, en plein milieu de l’Irlande : un village avec 2 maisons et un grand troupeau de vaches. Je pensais à la chapelle de Saint Brendan à Langonnet, un peu plus petite… mais le village est plus important surtout un jour de pardon !
Comme j’ai intitulé cet article « Impressions », je ne vais pas vous décrire par le menu ce voyage.

Première station : Dublin

Nous y avons passé le dimanche en visites des principaux monuments du centre.
Nous avons participé à la messe internationale dans cathédrale catholique car le Congrès international Eucharistique se tenait cette année à Dublin. L’après-midi, nous avons pu découvrir Phénix Park (700 ha) fréquenté par les familles. Et puis la verdure est partout présente comme chez nous.

Une plongée dans l’histoire récente de l’Irlande

Finalement, Dublin est une ville construite par les Anglais au XVIIIe siècle : l’architecture géorgienne, du nom des souverains, est omniprésente. Mais bien sûr la ville actuelle s’est étendue. À la fin de la journée, je suis retourné sur O’Connell Street, la grande artère, en me mêlant aux nombreux Irlandais ou étrangers qui sortaient du stade où se déroulaient les célébrations du Congrès Eucharistique. Cela m’a permis aussi de me remémorer l’histoire récente de ce pays à partir des statues et des monuments : Daniel O’Connell, un catholique, qui obtint la liberté religieuse et politique pour les catholiques (et tous les non-anglicans) irlandais et britanniques en 1829… Charles Stewart Parnell, un protestant, qui mena le combat parlementaire et populaire pour la réforme agraire en Irlande dans les années 1880… La Poste Centrale, quartier général des indépendantistes irlandais qui proclament l’indépendance de leur pays à Pâques 1916 (en pleine guerre mondiale.) Ils furent écrasés par l’armée britannique, mais l’opinion irlandaise, devant la sauvagerie de la répression, va changer et l’Irlande deviendra un État libre en 1923 avant de se déclarer République indépendante en 1948.

Deux journées marquantes en Ulster.

On y entre et on en sort comme entre Gourin et Carhaix mais on y trouve encore les traces des Troubles entre les Républicains qui veulent rejoindre l’Irlande et les loyalistes tenants du lien avec Londres. Cela a duré de 1970 à 1998. Mais à Belfast, comme à Derry, les hautes tours de guet de l’armée britannique sont toujours là ; les barbelés sont toujours en place autour des administrations et de certaines usines. Les fresques murales de Falls Road ou du Bogside (les quartiers républicains) se visitent maintenant. Les Orangistes préparaient leurs défilés, nettoyaient leurs monuments aux murs tagués. Mais à la cathédrale anglicane de Belfast : le grand vitrail du chevet illustre la parabole du Bon Samaritain (XIXe siècle) et il y a dans un transept une chapelle moderne, elle, de la Réconciliation : signe que ce conflit a travaillé les consciences.

La seconde visite marquante est celle de la Chaussée des Géants au nord de l’Ulster

Des coulées de lave solidifiées dans la mer sur des kilomètres : on contemple, on admire, on grimpe sur ces tuyaux d’orgue en place ou tronqués, réduits à de carrelages magnifiques où les reflets de l’eau jouent avec la lumière douce de la journée. Dans la spiritualité celtique, c’est le moment de découvrir que la nature est un cadeau de Dieu dont il faut le remercier. Cette attitude remonte aux premiers âges de l’évangélisation de l’Irlande et les hommes d’avant avaient déjà le respect et la vénération de cette belle nature. La Chaussée des Géants est un de ces chefs-d’œuvre, un lieu inoubliable.

Des journées de contact avec le catholicisme irlandais d’aujourd’hui

À Sligo, en plus de la visite de la ville et des traces de la présence normande au XIIe siècle, nous avons rencontré l’évêque et le vicaire général du diocèse pour un échange sur la vie de l’Église en Irlande. Rencontre intéressante, mais les sujets sont nombreux et nous n’en avons pas fait le tour…

L’après-midi, nous avons séjourné un bon moment à Knock, le village appelé le Lourdes irlandais (Mayo.)  De fait, la vaste basilique était comble, en semaine, avec une foule populaire, des malades dans leurs fauteuils. Comme tout le monde y était occupé, nous n’avons pu rencontrer ni les gens, ni les responsables du centre. Nous avons pu constater, par les visites possibles dans le musée que les apparitions silencieuses de 1879 (La Vierge, Saint Joseph et Saint Jean), s’enracinent bien dans l’histoire de ce pays : la misère noire, les expulsions des fermiers, le mouvement de résistance avec Michaël Davitt (contre un certain Boycott.) L’apparition signifiait pour ces catholiques malmenés que Dieu ne les abandonnait pas.
La messe de ce jour nous l’avons célébré dans la chapelle des apparitions en lien avec l’histoire de ce peuple. Chaque jour d’ailleurs, le P. Jean Le Rétif nous aidait à vivre ce temps de célébration dans un appel à vivre la foi chrétienne d’une manière intérieure. Il rejoignait ainsi un autre trait de la spiritualité celtique : la foi chrétienne se vit d’abord au cœur du croyant et irradie dans tout son comportement.

Le lendemain, nous avons seulement entrevu un des autres sites familiers des Irlandais : Croagh Patrick, la montagne sacrée au-dessus de la baie de Clew (la baie aux 365 îles !) Il n’était pas prévu de monter au sommet et de plus cette première journée de l’été était pluvieuse.

« Là bog atà ann …le temps est un peu humide aujourd’hui… » comme ils le disent en gaélique  avec un sourire encourageant… Cela ne nous a pas découragés. Nous avons circulé en car dans les vallées des petites rivières, longé les lacs immenses, entrevu les collines vertes, découvert les tourbières industrielles ou familiales jusqu’à l’Abbaye de Kyllemore, un château romantique devenu une abbaye bénédictine célèbre par son école de haut standing pour les jeunes filles (fermée en 2008), mais toujours haut lieu du tourisme dans l’Ouest. Puis c’est l’entrée dans le mythique Connemara, le pays des descendants de Con Mach de la Mer (Con Mach, le Fils du Chien de la Mer.) Nous sommes là, souvent dans la brume, dans des régions où on aimerait bien marcher. Parfois des paysages de cartes postales : des chaumières, des murettes de pierres sèches, des tas de tourbes, des arbres courbés par le vent… Le pays semble vide sauf dans quelques petites villes, prisées des pêcheurs amateurs dans les rivières ou les lacs interminables… La journée se termine par la messe à Orenmore à 10 km de Galway dans une église dédiée à Saint Brendan. Le curé nous accueille avec joie et répond aimablement à nos questions. Il m’indique en particulier les adresses des prêtres irlandais, spécialistes des chrétientés celtiques…

 Au milieu de l’Irlande, dans la vallée du Shannon.

Le Shannon, c’est la grande rivière du pays dans les plaines et les collines du  centre de l’île. Dans un voyage, il y a souvent une déception. Pour moi, ce fut Athlone ! C’est là qu’en 1932 fut érigée la radio irlandaise à l’occasion de 1er congrès Eucharistique International célébré en Irlande. Mais pour moi, c’était la station-radio que, dans les années 50, j’essayais de capter pour écouter de la musique celtique. C’était l’époque où en Bretagne, nous n’avions rien en ce domaine… Je découvre aujourd’hui une ville grise, triste avec un château d’eau qui domine de peu les toits, les quais du Shannon sous un ciel délavé… Mais passons !  
Finalement la journée est aussi à marquer d’une pierre blanche. J’ai déjà parlé de la Cathédrale de Saint Brendan à Clonfert, entourée du cimetière, en pleine campagne… L’après-midi, ce fut la découverte du site monastique de Clonmacnoise. Un monastère fondé par le jeune Ciaran. Il devint au fil des temps le plus grand centre religieux, et en plein milieu de l’île au bord du Shannon. Les troupes anglaises l’ont ravagé au XVIe siècle. Les ruines sont impressionnantes : des églises, les tours rondes de refuge, les croix hautes finement sculptées et de nombreuses tombes sur les pelouses. Le monachisme celtique dont nous avons été les bénéficiaires lors de l’émigration des Bretons insulaires en Armorique à partir du VIe siècle est ici à sa source. Passer quelques heures en un tel lieu est un temps de grâce, le temps de faire mémoire de notre histoire, souvent méconnue, une halte spirituelle pour retrouver nos racines nourries de l’Évangile.

Le Rocher de Cashel : c’est une ancienne place royale que les rois ont cédée à l’Église au XIe siècle.

Ruines encore imposantes sur le rocher au-dessus de la petite ville : palais, tour ronde, cathédrale à ciel ouvert, de multiples sculptures religieuses. Mais la perle, à mon avis, c’est la chapelle romane où un grand chantier de rénovation travaille à restaurer les peintures murales malmenées par une humidité multiséculaire. Le Tigre Celtique, même blessé par la crise, n’oublie pas son passé.

« Le Tigre Celtique », expression pour désigner la période de développement économique de la République d’Irlande pendant la période de 1960 à la crise de 2008. Le pays en a profité à plein. En circulant les deux derniers jours, j’ai été attentif aux maisons dans les campagnes et les petites villes : beaucoup de constructions neuves ; dans les villes, des immeubles neufs auprès de constructions anciennes. Sans doute beaucoup se sont endettés pour cela et le paient durement aujourd’hui. L’émigration vers les USA, l’Australie et la Nouvelle-Zélande reprend. Mais le pays s’est transformé et une crise ne dure pas toujours.

CORK

Avec les adieux sympathiques à notre guide et à notre chauffeur…
C’est dans le vaste port de Cork que nous attend le Pont-Aven pour Roscoff. Le ‘gwenn ha du’ flotte à la proue. Le ferry quitte lentement le port. En face de nous, les immeubles aux couleurs vives dominent la rade sous tous les angles. Si, au moins, un rayon de soleil les avait illuminés, quel beau souvenir en plus nous aurait « impressionnés… » Mais n’en demandons pas trop ! « Là bog atà ann… ! »
Le 1er juillet, dans le cadre du jumelage, les Amis de l’Abbaye accueillaient la chorale de Cappamore. Pour moi, jour du pardon de Langonnet, ce fut une belle journée grâce à leur présence et à leurs chants au milieu de nous.
 

‘IMPRESSIONS ‘…c’est dans le titre, mais ce mot exprime une influence. Je dois reconnaître que ce pèlerinage a été pour moi un pèlerinage aux sources. Quelques jours avant mon départ, le Rev. Mickael  Palmer, pasteur anglican en retraite dans le Morbihan et ami de longue date, m’a prêté un petit ouvrage « The Celtic way » de Ian Bradley. Je l’ai lu avec plaisir et il m’a permis au long du voyage d’être attentif à  un certain nombre d’aspects de l’Irlande. J’ai pu aussi acheter quelques ouvrages : Anam Cara de John Donohue, décédé en France en janvier 2008 et d’autres de John J. O’Riordain, un religieux rédemptoriste, originaire du Kerry. Dans ces ouvrages, j’ai découvert et l’histoire de ces chrétiens irlandais et surtout leur culture qui souvent ‘consonne’ avec celle de chez nous, trop souvent méconnue ou enfouie dans nos tréfonds. Oui, merci, Isidore, Jean-Baptiste et bien d’autres pour ce pèlerinage aux sources.

P. Herménégilde Cadouellan

Direction des pèlerinages du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier • 7 rue Jules Verne • 22000 SAINT BRIEUC • Tél. 02 96 68 13 50 • adpelerinage@diocese22.fr

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