► À la rencontre de l'Église arménienne

(du 25 juin au 3 juillet 2015)

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Liturgie de l'Église apostolique arménienne à Edjmiatzin

Nous ne nous étions pas choisis. Nous nous sommes peu à peu découverts. Différents… Et pourtant, sous l'action - je le crois - de l'Esprit Saint, nous avons été capables de nous accepter comme nous sommes, de nous écouter, de faire route ensemble… avec nos différences mais en les dépassant.
Merci à tous.
Jean-Luc

Vendredi 26 juin

MATENADARAN - MÉMORIAL ET MUSÉE DU GÉNOCIDE - MUSÉE NATIONAL D'HISTOIRE

Premier jour, premier contact avec l’Arménie, au centre d’Erevan, la capitale.

Nous commençons par la visite du Maténadaran, terme qui signifie « dépôt de manuscrits »  : 20 000 environ dont certains sont considérés comme les plus anciens du monde.
À l’entrée, la statue de Mesrop Mashtots (361-440), moine arménien créateur en 405 de l’alphabet arménien, veille sur ce trésor national. C’est lui, avec d’autres savants, philosophes et théologiens qui a contribué à la diffusion du livre en ouvrant la culture arménienne aux grands classiques grecs dont les manuscrits ont été réunis en Arménie pour y être traduits dès la création de l’alphabet national.
Ce musée témoigne de l’importance accordée aux livres dans la grande Arménie de l’époque. Les salles renferment des trésors, dont le plus grand manuscrit arménien au monde (28 kg). Depuis 405, tous les monastères possédaient des manuscrits (travail des moines copistes) dont certains ont été sauvés du génocide et rassemblés à l’époque soviétique dans ce bâtiment inauguré en 1959.
Nous avons été surpris et admiratifs devant la diversité, la qualité de tous ces ouvrages tant arméniens qu’étrangers, témoignant d’un grand respect de toutes les cultures et d’un esprit d’ouverture.

2e visite, totalement différente, mais très émouvante au Mémorial et au Musée du génocide, surplombant la capitale, face au mont Ararat. Douze stèles massives en cercle s’inclinent sur la flamme éternelle où l’on vient déposer des gerbes de fleurs, surtout le 24 avril, jour commémoratif du génocide. À côté se dressent 2 immenses aiguilles de pierre, l’une représentant l’Arménie, l’autre la diaspora.
Un musée du génocide arménien a été aménagé en 1996. Y sont exposés des photos et documents d’archives, témoignages accablants des souffrances endurées dans les années 1915-1922 par les Arméniens de l’Empire ottoman. Un musée de la mémoire qui rappelle aux Arméniens et au reste du monde la réalité du génocide. C’est un lieu de pèlerinage pour les visiteurs du monde entier. Tout cela est très sobre et inspire le silence, le recueillement et le respect.
Nous avons été frappés par les paroles de la guide Armine, sans haine, sans esprit de revanche, souhaitant simplement la reconnaissance du génocide.

En route pour le Musée national d’Histoire, elle nous fait remarquer la présence de statues de l’époque soviétique, conservées (sauf celle de Lénine) parce qu’elles font partie de l’histoire du pays et ajoute que si l’on détruit au fur et à mesure tout ce qui ne plaît pas, on finit par ne plus avoir ni passé ni racines, ce que nous comprenons très bien après la visite du musée national qui raconte l’histoire mouvementée de ce pays.
Quelque 160 000 pièces sont exposées. Elles donnent un aperçu exhaustif de plus de 3 000 ans d’une histoire que les fouilles archéologiques, effectuées dans le pays, font remonter jusqu’aux âges reculés du néolithique. Le musée s’est enrichi à la fin des années 1980 de superbes objets découverts sur le site de Karachamb qui témoignent du degré de civilisation avancé des populations qui ont vécu dans ces régions au XXe siècle avant notre ère.

Nous terminons la journée avec la rencontre du Père Sargis à l’église catholique visitée par Jean Paul II. Il nous expose la situation de cette dernière, ses rites un peu différents des nôtres, ses problèmes après 70 ans de « soviétisation », ses espoirs aussi. Notre journée s'achève par la célébration de l’Eucharistie et la salutation de l’évêque.

Marie-Thérèse, Annie et Anne

Samedi 27 juin

KHOR VIRAP - NORAVANK

Deuxième jour de notre pèlerinage, découverte d’un pays singulier, dont l’histoire tourmentée a laissé des traces venant à la fois d’un passé lointain et des périodes récentes.
Découvertes aussi des compagnons de voyage, les apparences laissant la place à un début de connaissance.

Nous quittons Erevan, direction le sud pour une première halte au monastère de Khor Virap et sa jolie église du XVIIe siècle. Le mont Ararat nous boude, enveloppé dans une écharpe de nuages dont il ne se départira pas de la journée.

Puis nous reprenons le bus pour un parcours qui nous fait découvrir la plaine fertile d’Ararat : vergers d’abricotiers, vignes et champs de légumes… mais aussi, usines désaffectées, édifices en ruines, vestiges de l’époque soviétique.
Pause déjeuner dans un restaurant de plein air ; table arménienne de bonne tenue : légumes, salades, esturgeon grillé, fruits délicieux… C’est aussi l’occasion d’une rencontre avec de jeunes sculpteurs de pierre ; de nombreuses croix arméniennes (Khatchkar) reviendront en France.

Notre bus grimpe ensuite laborieusement dans les gorges et vallons vers Noravank, le « Nouveau Monastère », splendide ensemble d’églises datant pour la plus ancienne du début du XIIe siècle. Riches commentaires et explications de notre guide Arminé sur l’architecture, histoire et symbolique.

Retour paisible et somnolent vers Erevan pour rejoindre la maison des sœurs de Bethléem de Mère Térésa, lieu d’accueil de 22 jeunes enfants handicapés et orphelins. Messe dans la chapelle.
Temps de réflexion dans ce pays d’histoire, enclavé dans les mouvements du monde, vulnérable et fragile, sauvé par son identité forte, entre résistance et résignation.

Isabelle et Hervé

Dimanche 28 juin

ZVARNOTS - EDJMIATZIN - SARDARAPAT - LE VERNISSAGE

Notre journée commence par les louanges à Saint François lors de la prière matinale puis arrêt pour la messe à l'église apostolique de la Sainte Mère de Dieu. Nous reprenons ensuite le car pour traverser une banlieue beaucoup plus accueillante que celle d'hier.

Topo dans le car par Arminé nous présentant l'Église arménienne apostolique (majoritaire en Arménie : 8 diocèses en Arménie sur les 38 répartis dans le monde). À la suite du concile de Chalcédoine (451 apr. J.-C.) il y eut une erreur d'interprétation qui poussa l'Église arménienne à se séparer et à former l'Église Apostolique (car enseignée par les premiers apôtres).

Visite des ruines de la cathédrale de Zvarnots avec de magnifiques chapiteaux ioniques et des pierres reconstituant le premier étage jusqu'aux oculi... dans la mesure du possible. Les murs comblés d'obsidienne expansée entre les pierres de tuf. Le mont Ararat veille toujours derrière, mais est bien embrumé.

Arrêt à Sainte-Hripsimé sur la route d'Edjmiatzin qui nous surprend par l'architecture adaptée aux différents tremblements de terre grâce aux joints de dilatation et aux répartitions des masses. Arminé nous explique également le passage du carré au cercle grâce à l'octogone, ainsi que le traditionnel plan en croix.

En fin de matinée, nous arrivons à Edjmiatzin, siège du Catholicos. Arminé nous en montre les détails caractéristiques avant de nous laisser libres de découvrir les lieux. Nous rentrons dans la cathédrale qui aligne les 3 principales époques arméniennes (russe, arménienne puis iranienne). Nous sommes impressionnés par la liturgie, les chœurs d'hommes et de femmes ainsi que par la ferveur qui s'en dégage. Quel témoignage de piété !

Après le déjeuner, nous reprenons le car et la suite du topo d'Arminé sur le clergé : le chef suprême est le Catholicos basé à Edjmiatzin. Il a autorité sur les prêtres (mariés ou non : le mariage n'est possible que s'il est antérieur à l'ordination). Arminé aborde également les différentes fêtes de l'année et les rituels, ce qui nous permet de mieux nous situer lors de la visite d'Edjmiatzin. Pendant que nous traversons la plaine de l'Ararat aride, pauvre et peu peuplée. L'habitat clairsemé et souvent en mauvais état rappelle l'ère soviétique. Le père Dersoir termine l'exposé sur « l'unicité de l'Église, mais pas son uniformité ».

Dernier arrêt à Sardarapat, musée et mémorial. Ce musée est essentiellement ethnographique puis nous affrontons le soleil pour nous diriger vers le mémorial en empruntant une allée plantée de 3600 roses représentant les 3600 tués lors de la bataille de Sardarapat en 1918. Cela nous conduit au mémorial de cette bataille turco-arménienne qui fonde la république éphémère d'Arménie.

Enfin, nous terminons, à Erevan, par la découverte du Vernissage (sorte de grand marché artisanal) in extrémis avant que les artisans et les vendeurs remballent leurs marchandises.

Guilaine et Dominique

Lundi 29 juin - Saints Pierre et Paul

GUÉGHARD - GARNI - PAIN LAVASH - EREVAN

Nos impressions de la journée du 29 juin peuvent se résumer en 4 moments de partage avec l’ensemble de notre groupe et 4 belles découvertes.

Les moments de partage :


- La prière du matin :


Une heure de route pour atteindre notre première destination. Nous profitons du trajet en car pour démarrer la journée par la prière du matin. Aujourd’hui, nous fêtons Saint-Pierre et Saint-Paul, deux piliers de l’Église universelle.
Nous présentons notre 1re intention de prière pour l’ensemble des prêtres afin qu’ils continuent d’enraciner leur ministère dans la parole de Dieu et les sacrements ; nous pensons particulièrement aux Pères Dersoir et Dorange qui nous accompagnent dans notre pèlerinage et par là participent à nous transmettre le message de Jésus.
Notre 2e intention de prière porte sur les vocations et la capacité de notre époque à susciter des serviteurs de Dieu.
Est-ce que nous-mêmes craignons d’annoncer notre foi ? Vivons-nous une foi peureuse qui nous paralyse pour proclamer que Dieu est le Dieu de vie et que son Esprit est à l’œuvre dans notre histoire ?
Pourtant la transmission de la parole de Dieu est primordiale. N’est-ce pas en partie grâce à la transmission du message du Christ de génération en génération que le peuple arménien a pu conserver son identité et ses valeurs par delà les guerres et les répressions ?

— Le concert de musique spirituelle au monastère de Guéghard :


En fin de matinée, dans une petite chapelle rupestre nous assistons à un concert de musique spirituelle par l’ensemble Nairi Vocal Quartet. L’acoustique exceptionnelle magnifie la pureté des voix et la beauté des chants. Les voix s’élèvent dans une parfaite homogénéité et une grande justesse. Un dialogue entre les 4 chanteurs participe à l’équilibre polyphonique.
Nous partageons ensemble une grande émotion et nous sentons à travers les chants l’accord tranquille et intime de l’homme et de la pierre de la chapelle. Nous en découvrons peu à peu les reliefs et nous en apprivoisons les volumes juste éclairés par un rai de lumière provenant d’une petite ouverture dans la coupole.
Le fait de n’être autorisés à applaudir dans la chapelle qu'à l’issue du concert intensifie l’intimité de notre partage et de notre émotion et chacun ressent que « la voix chantée fait entendre l’inouï du Verbe de Dieu ».

— La préparation du pain arménien « Lavash » :


À midi, nous partons déjeuner dans une auberge familiale. En guise d’apéritif, nous découvrons la fabrication du pain « Lavash » par trois « boulangères » dans une petite pièce surchauffée. Le « Lavash » est un pain sans levain classé « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ».
Après avoir allumé un feu au fond d’un four enterré, nos boulangères étalent la pâte en lui donnant une forme ovoïdale, la déposent sur une sorte de coussin puis l’appliquent contre les briques chaudes de la paroi du four à l’aide de ce coussin. La pâte cuisant très vite elle est presque aussitôt retirée et lancée sur une couverture à destination des convives.
Agglutinés autour de la pièce surchauffée, nous distribuons ce « Lavash » et le partageons en toute convivialité. Cela fait déjà quatre jours que nous découvrons ensemble les richesses et splendeurs de l’Arménie, mais aujourd’hui nous nous sentons encore plus unis par ce partage improvisé. Nos conversations au cours du repas dans le jardin de l’auberge sont de plus en plus cordiales et animées.

— La messe à l’église de Sainte Trinité :


En fin d’après-midi, la messe est célébrée à l’église de Sainte Trinité d’Erevan.
C’est une petite église récente, colorée et décorée de fresques déclinant la vie de Jésus. Quel changement par rapport à la sobre beauté des églises et monastères arméniens ! L’autel est surmonté d’un baldaquin en métal doré. Un chancel imagé de chérubins rappelant la gloire de Yahvé dans Ezéchiel « Alors les chérubins levèrent leurs ailes… tandis que la gloire du Dieu d’Israël était sur eux, au-dessus. » sépare les fidèles de l’espace sacré.
Ce que nous écoutons et partageons ensemble c’est l’homélie du Père Georges Dorange sur la complémentarité des apôtres Pierre et Paul au-delà de leurs différences d’origine, d’éducation, de caractère et de missions. L’un et l’autre ont eu un rôle essentiel dans la naissance de l’Église. Les contrastes ont du bon et l’universalité ne condamne pas à l’uniformité. Pas de conformisme, c’est la multiplicité des couleurs qui fait la beauté des vitraux. Chaque Église à l’exemple de Pierre et de Paul a ses propres beautés et ses spécificités. C’est la Croix qui nous unit tous ; c’est l’arbre de vie ; c’est la victoire de la vie sur la mort.


Les belles découvertes :


— Le monastère de Guéghard :


Au détour d’un virage apparaît le monastère lové sous un impressionnant à pic. Guéghard a été construit pour abriter la « Sainte-Lance ». L’église principale a été édifiée au début du 13e siècle selon le plan traditionnel des églises arméniennes. Ce qui la caractérise est d’une part sa façade richement décorée d’animaux symbolisant la force (lion, taureau, aigle…), de grappes de raisin et d’autre part l’impression d’élégance et de légèreté de sa coupole.
Une des particularités de Guéghard est qu’il est un des rares monastères d’Arménie à avoir conservé sa muraille d’enceinte comportant les salles conventuelles.
Une autre singularité du monastère provient de 3 chapelles troglodytes décorées à même le roc de motifs floraux, de coquillages ou de sirènes. On y aperçoit également une source aux vertus miraculeuses qui aurait pu être à l’origine de la fondation du monastère. Enfin la dernière spécificité est la présence de cellules rupestres « où les moines venaient s’enfermer dans ce site inabordable pour méditer et vivre, écartés des désirs terrestres », et de nombreux khatchkars sculptés dans le rocher.
La présence de ruches et d’un potager laisse présager une vie calme du monastère après le départ des visiteurs !

— Le Temple de Garni :


Sur un promontoire entouré de falaises apparaît le temple de Garni. C’est le seul monument hellénistique d’Arménie. Il est d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Ce temple dédié au dieu Mithra est bâti selon la technique de construction grecque avec agrafes et crampons, mais emprunte des éléments de la culture locale tels l’usage de la pierre de basalte et non du marbre, des voûtes en berceau et des éléments décoratifs sous corniche où dominent l’acanthe, le grenadier et le chêne. Le site et la richesse de la décoration du temple sont exceptionnels. On peut également admirer les restes d’un Palais royal et des thermes romains. L’intérêt des thermes est la mosaïque du vestibule, unique en Arménie, comportant des divinités des mers, des néréides, des animaux marins… ainsi qu’une une inscription en grec « nous avons beaucoup travaillé sans rien recevoir. » Est-ce prémonitoire ?

— Les paysages :


Pour accéder à Guéghard et Garni, nous avons d’abord emprunté une petite route de montagne légèrement sinueuse parmi les prairies et les troupeaux de vaches et de rares villages, puis nous avons longé des chaînons montagneux entaillés de vallées profondes et encaissées. Nous avons parfois traversé des paysages arides et inhospitaliers.
Tous ces différents paysages abordés sont d’une grande beauté : les escarpements à l’entrée de la vallée de l’Azat, le cirque de montagnes entourant le site de Garni, les grandioses orgues basaltiques (ou « symphonies de pierre ») qui s’étirent en étroites bandes de parois rocheuses, l’ocre des falaises qui se confond avec la pierre sèche du monastère de Guéghard…
Tout nous conduit à reconnaître dans la beauté de la nature un message divin.
En nous arrêtant pour contempler la nature nous ne pouvons que nous référer à la toute récente encyclique du Pape François « Laudato Si » : « Les chrétiens savent que leurs devoirs à l’intérieur de la Création et leurs devoirs à l’égard de la Nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi » ou « le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons que nous-mêmes ».

— La Cascade :


Nous terminons notre journée par la visite de l’obélisque construit par les Russes pour le 50e anniversaire de la soviétisation de l’Arménie sur une colline d’où nous bénéficions d’un superbe point de vue sur Erevan.
De l’obélisque, nous regagnons ensuite le centre moderne de la capitale en descendant un ornement architectural original en forme d’escaliers, d’escalators, de jardins suspendus et de fontaines. Cette construction dénommée la Cascade et ébauchée en 1970 sous l’ère soviétique a été reprise par un riche Arménien de la diaspora pour y installer à terme un véritable centre d’art contemporain.
Actuellement, chaque palier de la Cascade comporte de multiples sculptures modernes réalisées par des artistes renommés comme Botero, Barry Flanagan, Lynn Chadwick ou Jaume Plensa… mises en valeur autour de bassins ou de grands bacs fleuris.
Cette promenade-jardin se termine sur une belle place s’ouvrant sur l’Opéra et le quartier des boutiques luxueuses « occidentales ».

Murielle et Francis

Mardi 30 juin

EREVAN - NORATOUS - LAC SEVAN - GOSHAVANK - DILIDJAN

Départ d'Erevan
l/Dans le car présentation géopolitique actuelle par notre guide Armine ; passionnant et dramatique !
Pogroms fin XIXe début XXe siècle, génocide de 1915
Exode après la Première Guerre mondiale : ces massacres sont exécutés par l'Empire ottoman et les armées d'Ataturk. Invasion du nord de l'Arménie par les troupes bolcheviques.
Entre la peste et le choléra, les Arméniens ont préféré se mettre sous le joug soviétique plutôt qu'être anéantis par les Turcs (au prix de la perte de l'emblématique mont Ararat « donné » par Lénine à la Turquie).
Après 70 ans de communisme (1921 – 1991), l'Arménie a vécu son indépendance de façon dramatique face en particulier à son voisin musulman l'Azerbaïdjan (pays artificiellement voulu par Lénine et Ataturk puis Staline). Guerre du haut Karabagh Pétrole d'Azerbaïdjan contre terres agricoles arméniennes du Haut-Karabagh, ce qui donne au final un patchwork géographique d'ouest en est :
  • Turquie sunnite,
  • Nakhijevan sunnite azéri,
  • Arménie,
  • Corridor azéri sous contrôle arménien depuis la guerre de 1988-1994,
  • Haut-Karabakh arménien,
  • Azerbaïdjan qui se réarme grâce au pétrole.
Bref, l'avenir est explosif !

2/ Puis découverte du Lac Sevan, l'un des plus grands lacs d'altitude du monde à 2 000 mètres d'altitude. Véritable mer intérieure, ce lac fut victime d'une catastrophe écologique similaire à celle de la mer d'Aral : faire baisser le niveau pour produire de l'électricité et irriguer des terres gagnées pour des cultures intensives eut pour résultat une baisse du niveau de 19 m, véritable catastrophe écologique heureusement arrêtée par la mort de Staline.

3/ Cimetière de Noratous : immense cimetière perdu dans la campagne qui résume l'art funéraire arménien depuis les temps les plus anciens jusqu'aux dernières années. Les tombes actuelles en marbre gravé chimiquement côtoient les superbes khatchkars parfois très anciens et très ouvragés : ce ne sont pas que des pierres tombales, mais elles peuvent être l'équivalent des sculptures païennes christianisées (comme en Bretagne!)

4/ Messe à Noratous dans un abribus : rustique, mais toujours avec ferveur, saisissant raccourci entre liturgie et vie moderne : le calice est un gobelet de Coca-Cola, le ciboire un Tupperware !
Pendant la messe les villageois, d'abord surpris, s'approchent et semblent communier avec le groupe.

5/ Découverte de deux églises du XIIe siècle sur la presqu'île de Sevan, vue panoramique impressionnante et découverte d'un très rare khatchkars présentant le Christ en croix.

6/ Dans l'après-midi rencontre avec le diacre Arthur dans une salle du séminaire de Sevanarank : il nous fait part de la difficulté de recrutement (crise des vocations sacerdotales conséquence pour une part de la déchristianisation sous le régime soviétique).

7/ En fin de journée visite du monastère de Goshavank : il s'agit d'un monastère perdu dans les « alpages ». Gosh, son fondateur, est un personnage emblématique : philosophe, fabuliste, rédacteur du premier code de législation arménienne très en avance sur son temps.
Le complexe monastique en cours de restauration est passionnant par plusieurs aspects : succession de plusieurs constructions d'époques différentes, beaux khatchkars et surtout détails de construction à visée antisismique (étonnant pour l'époque : XIIIe siècle).
Fin de journée : départ pour Dilidjan, complexe touristique moderne et confortable, peut-être un peu bruyant pour certaines chambres.

Marie-Claude et Yves

Mercredi 1er juillet

DILIJAN - AHKTALA - HAGHPAT - GYUMRI

Compte-rendu à venir

Jeudi 2 juillet

GYUMRI - EREVAN

La ville de Gyumri, où nous avons passé la nuit, fut détruite à 60 % par le séisme du 7 décembre1988. Un grand nombre des constructions des années 70 – 80 (époque Brejnev) ne résistèrent pas aux fortes secousses sismiques (6,9 sur l'échelle de Richter). On déplora 50 000 victimes ; 60 000 habitants se retrouvèrent sans abri. (Il reste encore actuellement 4 000 familles qui vivent dans les cabanes préfabriquées temporaires de 1988, sans isolation.)
Très affectée par la catastrophe, Sœur Arousiag de la congrégation des Soeurs arméniennes de l'Immaculée Conception», démissionna des responsabilités qu'elle avait à Rome et s’installa en Arménie. C'est elle qui est à l'origine de l'orphelinat de Gyumri qui porte maintenant le nom de Centre Boghossian « Notre-Dame d'Arménie » du nom d'une famille de joailliers libanais d’origine arménienne.
Nous y sommes accueillis ce matin par Sœur Maryam au nom de Sœur Arousiag, absente.

La célébration eucharistique

Aujourd'hui, c'est le Père René Dersoir qui nous propose réflexion et enseignement à partir des textes de la liturgie du jour : le sacrifice d'Abraham (Gn 22, 1-19) et la guérison du paralysé (Gn 22, 1-19) :
  • Dieu apprécie l'obéissance et la foi d'Abraham, sa confiance dans sa Parole.
  • Le Christ : un Dieu capable de nous prendre là où nous sommes, comme nous sommes.
  • Laissons-nous projeter vers demain...
  • L'amour de Dieu est unique pour chacun : partageons-le avec chacun.
  • Après ce pèlerinage : continuer notre démarche vers la rencontre avec Dieu.

Notre-Dame d'Arménie

Le centre Notre-Dame d'Arménie accueille actuellement une trentaine d'enfants et de jeunes de 5 à 20 ans, un peu plus de filles que de garçons. Il s'agit d'enfants de familles défavorisées ou d'enfants abandonnés.

Les orphelins d’aujourd’hui sont des enfants abandonnés par leurs parents, conséquence d’une misère galopante : « Le père part en Russie pour trouver du travail, fonde une nouvelle famille… La mère est incapable de s’occuper de son enfant ou bien veut se marier : ici, la femme doit accepter les enfants d’un mari veuf, mais un homme n’accepte pas les enfants d’une veuve… C’est encore pire pour un enfant de se savoir abandonné ! » (Sœur Arousiag).

Il s'agit pour les deux religieuses et le personnel laïc bénévole de « changer la vie des enfants en leur donnant toutes les nourritures essentielles ». Le Centre les éduque, les nourrit et les encadre jusqu’à ce qu’ils deviennent indépendants. Ils peuvent suivre ensuite des études au lycée professionnel de Gyumri. D’autres partent étudier à Erevan.

Le Centre Boghossian fonctionne grâce au mécénat et aux dons reçus principalement de la diaspora arménienne. Le bénévolat étranger y est très apprécié pour renforcer les bénévoles arméniens. - Voir ici. -
Jean-Luc
►►► Quelques photos de cette journée…

Ce voyage tant espéré prend fin : ce fut une découverte passionnante d'un pays attachant et d'une chrétienté à l'histoire longue et souvent douloureuse.
Un grand merci au Père René Dersoir pour l'organisation de ce pèlerinage. Merci à lui et au Père Georges Dorange : nous nous sommes trouvés bien à leur contact, nous nous sommes nourris de leurs homélies.
Merci à Armine, notre guide, pour son professionnalisme de haut niveau qui lui permet de présenter un point de théologie avec autant d'aise que de préciser la situation géopolitique actuelle de l'Arménie. Merci aussi pour sa proximité simple.

Merci à tous.

Jean-Luc


Direction des pèlerinages du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier • 7 rue Jules Verne • 22000 SAINT BRIEUC • Tél. 02 96 68 13 50 • adpelerinage@diocese22.fr

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